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  • Christophe FEREY
  • Bonjour, je m'appelle Christophe, j'ai 34 ans et je suis  prêtre pour le diocèse de Coutances et Avranches depuis le 10 juin 2007. J'ai été ordoné par Mgr Stanislas LALANNE
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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 21:53

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" Dans le texte du prophète Isaïe est écrit pour ainsi dire noir sur blanc ce qui est notre « affaire ». « Alors tu appelleras et le Seigneur répondra, tu héleras et il dira : Me voici » (Is 58, 9). Le prophète suppose que, à l’occasion, nous appelons ou voudrions appeler. La Bible est un livre à ce point humain entre autres parce qu’elle admet la complainte et les cris, voire les articule elle-même. La complainte et l’appel au secours sont même des motifs traditionnels de la tradition biblique. Déjà dans le livre de l’Exode, Dieu assure à Moïse : « J’ai entendu les cris de mon peuple (cf. Ex 3, 7-9). Et combien de fois voyons-nous le psalmiste éclater en complaintes, jusqu’aux chants plaintifs émouvants de Jérémie.

Nous n’avons pas besoin de refouler notre souffrance et nos plaintes, ni de les cacher. Cela fait partie de notre complète humanité ; et inversement, c’est le propre de l’inhumanité de notre époque qu’elle refoule largement la souffrance et la douleur et qu’elle ne veut voir toujours que le type jeune, rayonnant, efficace que nous ne sommes pas et qu’en tout cas nous ne pouvons pas toujours être. La Bible nous dit que nous devons également accepter nos ombres et nos limites et que nous sommes en droit de nous concilier avec elles. Le prophète inscrit ainsi dans notre « livret de famille » ce qui est l’affaire de nous autres humains : nous ne sommes pas aussi autonomes, surs de nous, énergiques et efficients que nous prétendons souvent l’être et que nous le simulons vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Nous sommes des êtres ayant besoin d’êtres aidés, consolés, voire délivrés. Nous réclamons, fût-ce à cor et à cri, quelqu’un qui nous entend et nous écoute. Nous demandons à grands cris le rachat et la grâce. C’est là la pure vérité pour ce qui est de nous-mêmes.

L’« affaire » est toutefois encore d’une autre nature : nos plaintes et nos cris n’aboutissent pas au vide. Il y a quelqu’un qui écoute et qui entend. Lorsque tu appelles au secours, quelqu’un, le Seigneur, te dira : « Me voici ». Ce « Me voici » est l’affaire proprement dite, le message de tout l’Ancien et le Nouveau Testament. Déjà au cours de la révélation de Dieu à Moïse au Buisson Ardent, Dieu se présente comme « celui qui suis ». En Jésus-Christ il était et est concret, tout à fait humain, tout à fait come l’un d’entre nous : il est là au milieu de la faim et de la soif, de l’abandon de ses amis, de la haine et de la calomnie de la part de ses ennemis, au milieu de la souffrance, de la douleur et de la mort cruelle sur la croix. Pas une situation humaine dans laquelle il ne se trouverait pas !

Dans cette situation, nous ne devons pas nous perdre dans tous les sujets secondaires possibles ni nous laisser refouler vers tous les théâtres de conflit secondaires. Il faut au contraire que notre témoignage devienne élémentaire. Précisément dans la grande ville moderne, il s’agit de témoigner du « Me Voici » de Dieu et de dire ainsi aux hommes (qui vivent souvent de façons si anonyme et si dépourvue de relations, et qui fréquemment n’ont personne pour écouter et supporter leurs plaintes) : il est là, il est là entièrement pour toi ; il t’écoute ; il a du temps à te consacrer, un temps infini.

Une troisième fois, Isaïe dit ce qu’est l’ « affaire » : « Si tu cèdes à l’affamé ta propre bouchée et si tu rassasies le gosier de l’humilité, la lumière se lèvera  dans les ténèbres, ton obscurité sera comme un midi. » (Is 58, 10). Jésus nous dit de façon encore plus directe où et comment il est présent dans le monde : dans les affamés, les sans-abri, les étrangers, dans les malades et les prisonniers. « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petites qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). L’action sociale est et demeure le test de notre foi en Dieu.

Au fond, il ne s’agit que d’une seule affaire. Elle dépasse notre force humaine. Mais nous pouvons faire confiance à la promesse : « sans cesse le Seigneur te guidera, en pleine fournaise il rassasiera ton gosier, tes os, il les cuirassera. Tu seras comme un jardin saturé, une fontaine d’eau dont les eaux ne déçoivent pas » (Is 58, 11) "

 

Walter card. CASPER, Celui qui croit ne tremble pas, Paroles et Silences, 2009, pp 26-28

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Published by Christophe FEREY - dans Spiritualité
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