Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Quand la Parole de Dieu nous rebute...


Réfèrences bibliques : Jg 11, 29-39  Ps 39 Mt 22, 1-14


La liturgie de la Parole nous offre deux textes difficiles à accueillir. Ils le sont, si nous ne prenons pas le temps de les méditer et de découvrir les implications dans notre vie de foi et dans notre quotidien. Le premier texte nous conte l’histoire d’un homme qui doit offrir en sacrifice sa fille car il a fait un vœu au Seigneur. L’autre Texte tiré de l’Evangile selon st Matthieu nous présente un malheureux en guenilles qui se fait jeter de la salle du banquet des Noces. L’assemblée, comme un seul homme, répond « nous rendons grâce à Dieu ». Mais pouvons nous rendre grâce, quand il s’agit d’un père qui va tuer sa fille pour respecter une promesse qu’il a faite au Seigneur ? Pouvons-nous acclamer un Evangile qui exclue au lieu d’accueillir ? A première vue c’est impossible… Et pourtant la Parole de Dieu a toujours raison. L’Ecriture qui est lue à l’église recèle toujours une bonne nouvelle ou une invitation à la conversion… Aujourd’hui, ce sont les deux à la fois auxquels nous sommes conviés si nous laissons cette parole rejoindre notre cœur. Je vous propose une méditation de ces deux lectures, certes dérangeantes, mais ô combien riches d’enseignement.

 

Tout d’abord, Dieu n’a jamais demandé à Jephté de lui offrir une personne en sacrifice. Jephté prend à témoin Dieu pour devenir le chef d’Israël. Il va instrumentaliser Dieu pour parvenir à son ambition. Il va aller jusqu’à marchander sa victoire. Il propose d’offrir en sacrifice le premier membre de sa famille qui viendra à sa rencontre lorsqu’il reviendra chez lui victorieux et auréolé du titre de chef. Parfois il nous arrive aussi d’entrer dans une démarche mercantile avec le Seigneur. « Si tu m’obtient telle chose, je ferai tel acte pour te remercier, sinon tu peux toujours courir ! ». Dieu n’est pas un marchand. Son seul profit c’est de voir grandir en nous la confiance. Jephté pêche par manque de confiance et d’orgueil. Prier ce n’est pas vouloir forcer la volonté de Dieu en lui faisant miroiter un cadeau. D’ailleurs, qu’est-ce qui peut avoir assez de valeur pour que Dieu adhère à notre volonté ? Car finalement, Jephté veut acheter la volonté de Dieu. Osons regarder notre prière en face. Bien souvent elle n’est pas tout à fait désintéressée. Parfois nous faisons des promesses que Dieu ne nous a jamais demandées. De plus, ce sont souvent des promesses sans lendemain. Cela ne doit pas nous empêcher de faire des prières de demande. Mais nous ne serons jamais les maîtres de la volonté de Dieu. C’est une invitation à la confiance en la gratuité de Dieu. Prier c’est déjà une victoire sur l’égoïsme, sur le repli sur soi… Alors osons prier sans faire de promesse. Dieu entend toujours nos prières. Mais Il n’est pas un distributeur automatique. Prier Dieu, c’est toujours lui demander sa force pour aimer ou qu’il l’accorde à celui qui en a besoin. Prier c’est s’ouvrir à une présence qui vous accueille sans vous juger mais qui a la joie de vous rencontrer tel que vous êtes. Il ne s’agit pas de s’illusionner. La prière est un combat. Ce combat, le Christ à dû le vivre aux pires heures de sa vie. Sa prière sera indépassable « Père si tu le veux, éloigne de moi cette coupe… Cependant que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse ! » Or, que veut le Père ? Que sa Parole puisse être criée à la face du monde. Cette Parole qui redit que tout homme est aimé par le Père. C’est ce que Jésus criera sur la croix : « J’ai soif ! » Dieu à soif de notre amour, de notre présence, de notre confiance… C’est ce même cri que Jean-Paul II lança à une foule en attente d’un nouveau pasteur : « N’ayez pas peur ! ». Le drame de Jephté c’est peut être de ne pas avoir eu connaissance du psaume que nous avons entendu aujourd’hui : « Heureux est l’homme qui met sa foi dans le Seigneur […] Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais pas ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « me voici je viens, dans le livre est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. » Nous-nous rendons compte que la Révélation à mis du temps à entrer dans le cœur de l’homme.

 

Dans l’évangile, le maître ne renonce jamais à inviter l’homme à se tourner vers Lui. C’est ce que nous explique Jésus aujourd’hui à travers la Parabole que Saint Mathieu nous livre. Ce sont finalement les pauvres, rencontrés sur le chemin, qui prendront part au festin des noces. Ce repas est normalement réservé à des invités « triés sur le volet ». Ils sont souvent choisis avec soin par l’invitant. On le voie bien lorsqu’un couple prépare son mariage. C’est souvent un « casse tête » pour constituer la liste des invités. La peur d’oublier, l’obligation de limiter le nombre des convives… Le Maître dans la Parabole ne met pas de restriction au nombre d’invités. « Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce ». On peut se demander qui pouvaient être ces premiers invités ? La parabole ne nous le dit pas. L’attitude des premiers invités nous indique en tout cas du mépris pour l’invitation et sans doute de la suffisance… Ne serais-ce pas le riche décrit par Jésus avant-hier ? « Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Et ce brave Pierre de s’interroger « Mais qui donc peut être sauvé ? ». La réponse nous vient aujourd’hui. Ce sont les pauvres, au sens biblique du terme, qui sont invités à ce festin des noces. Celui qui a un cœur qui accueille au lieu de posséder ; celui qui sait qu’il a besoin des autres pour vivre ; celui qui n’a pas peur d’entendre un appel à rejoindre un Père qui lui tend la main ; celui qui sait qu’il n’a qu’un trésor : l’Amour qu’il reçoit chaque jour. Celui qui préfère d’abord écouter avant de parler. Celui qui se contente de la part reçue. Voici que la salle du banquet se remplit d’estropiés, de malades, de pauvres. Pour l’occasion, peut-être la seule de leur vie, ils ont mis leur plus bel habit. Le roi va les considérer. Ils vont exister à ses yeux, eux que l’on regardait de travers ou que l’on ignorait. Pour une fois, ils vont habiter leur beauté. Le vin est décanté, la joie peut se répandre. Mais il y a comme intrus dans cette salle. C’est la tristesse. Cet homme, croit il vraiment qu’il est l’Invité du roi ? Sans doute pas puisqu’il garde ses guenilles. La mort est déjà en lui. Il garde le silence. Aucun homme ne peut vivre dans un silence complet. Même les ermites chantent les psaumes. Les muets ont leur langage. Cet homme est mort car il ne se croit pas digne d’être invité, d’être aimé par le roi. Il reste dans sa laideur qu’il s’est fabriquée. Les uns renaissent à la beauté, un autre meurt car il ne peut croire à un tel miracle. Judas n’a pas voulu mettre son vêtement de noce… Et nous ? Acceptons-nous d’être aimables aux yeux de Dieu ?     Acceptons-nous de revêtir sa Beauté même si nous sommes estropié, souffrant, malade ? Venir à l’eucharistie c’est finalement revêtir cet habit de Noce. Laisser le Christ me redire personnellement : tu es suffisamment aimable pour que je sois allé offrir mes mains et mes pieds aux clous de la Croix. « J’ai soif ! », viens me désaltérer par ta présence et laisse moi t’aimer. Laisserons nous sans réponse ce cri ? C’est le mystère de notre liberté.

 

Comment dès lors douter que ces deux textes ne sont pas écrits pour nous décourager ? Ils nous invitent tout d’abord à la confiance et à la gratuité radicale de Dieu. Ils nous rappellent aussi que la tristesse sera bannie du Royaume de Dieu et qu’aucun homme n’est tombé assez bas pour que Dieu ne puisse l’aimer. Alors n’ayons pas peur de nous approcher en toute confiance de la table des Noces.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article