7ème dimanche du temps ordinaire année C
Sm 26, 2-23 Ps 102 1Co 15, 45-49 Lc 6, 27-38
Comment acclamer une parole qui nous invite à aimer nos ennemis et à faire du bien à ceux qui nous haïssent ? Dieu serait il un déni de justice ? Comment pouvons nous accueillir une parole aussi insupportable ? Le Christ se retrouve face à une foule qui attend, qui est suspendue à sa Parole. Cette foule à faim, elle attend la libération, le bonheur. Cette foule pourrait être notre assemblée. Si Jésus fut un homme politique, je ne pense pas qu’il aurait tenu un tel discours. Chez le Christ, il n’y a pas de place pour la démagogie, un discours séduisant pour arriver à ses fins. Avec le Christ il n’y a pas tromperie sur le programme. Ce programme, c’est l’Amour de Dieu. Il n’a rien d’autre à proposer. Nous constatons alors que cet Amour qu’il propose n’a rien à voir avec les « Feux de l’Amour » ou le feuilleton « Plus belle la vie » de France 3 nous présentant un amour dépendant de nos sentiments et de nos pulsions. Pour Dieu l’Amour est Folie. Il permet au Christ de pardonner à ses bourreaux. Cet amour bouscule comme il a bousculé le centurion romain au pied de la croix. Un tel Amour ne peut être compris que par ceux qui ont été comme Paul, saisis par le Christ. Aujourd’hui encore des hommes et des femmes vivent cette page d’Evangile. Cette semaine j’entendais à la radio l’interview de l’abbé Dominique Wiel, accusé à tord dans l’affaire dite d’Outreau. Dans cette interview, il témoignait du pardon qu’il a accordé aux enfants qui l’ont faussement accusé de viol et d’agression sexuelle qui l’on conduit à vivre de nombreux mois en prison. Une telle attitude peut nous sembler inconcevable. Et pourtant il s’agit de l’attitude d’un homme de foi qui à sans doute discerner que la seule réponse au mal est l’amour. Dans son livre il s’exprime ainsi : « Voilà bientôt soixante-dix ans que je m'avance dans la vie à tâtons, guidé par l'intuition que Dieu est sans doute la seule réponse à la folie et au désarroi des hommes[1] ». Oui la seul réponse que Dieu a opposé à la folie des hommes c’est sa propre folie : celle de l’Amour. Le pardon n’annule pas les fautes commises. Il permet à celui qui a commis le mal de ne pas être enfermé, réduit à ce qu’il a fait. Pardonné c’est permettre à celui qui le reçoit de continuer la route. Le pardon n’efface pas le passé. Il permet à ce passé de ne plus envahir notre présent. Le pardon est parfois au dessus des forces humaines, seul Dieu peut nous donner cette force.
L’exemple de l’Abbé Wiel, nous permet de comprendre ce que peuvent vouloir dire les versets de l’Evangile : « Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient[2] ». Il ne s’agit pas de se laisser calomnier sans réagir. L’abbé Wiel n’est pas resté inactif devant la terrible calomnie qui s’abattait sur lui. Il a lutté avec les armes de l’Amour pour rétablir la vérité car « Amour et Vérité se rencontrent ». Il s’agit d’un couple inséparable. Aimer son ennemi, c’est le conduire sur un chemin de vérité qui lui permettra de se libérer de la haine qu’il a peut être envers nous. Priez pour nos ennemis peut nous conduire à prier pour que Dieu change le cœur de l’ennemi mais aussi le notre pour que l’on découvre en lui un frère.
Dans le chapitre 6 de son évangile, Luc nous livre, à travers les paroles fortes de Jésus, le véritable sens de la Loi. Cette Loi est celle de l’Amour qui rejette tout ce qui lui est contraire. Seul le Christ, en vivant l’Amour de Dieu jusqu’à la folie de la croix, à pus briser se qui en nous entrave l’accueil de l’Amour. Le vrai disciple du Christ ne peut faire l’économie de la Croix, et le combat de l’Amour. Comme nous l’indique le pape Benoît XVI, dans notre vie cet Amour consiste « précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu […] J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus-Christ »[3]. Demandons la grâce au cour de cette eucharistie de renouveler notre regard sur les frères que nous avons plus de mal à aimer et que nous puissions poser sur eux le regard même du Christ qui les « a aimés et s’est livré pour eux[4] ».
AMEN
Christophe FEREY,
Le 17 février 2007