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Le porche du mystère de la deuxième vertu (Charles PEGUY)

« La petite Espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs

et on ne prend pas seulement garde à elle.

Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin

raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route

entre ses deux sœurs la petite espérance

S'avance.

Entre ses deux grandes sœurs.

Celle qui est mariée.

Et celle qui est mère.

Et l'on n'a d'attention, le peuple chrétien n'a d'attention

que pour les deux grandes sœurs.

La première et la dernière.

Qui vont au plus pressé.

Au temps présent.

A l'instant momentané qui passe.

Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n'a

de regard que pour les deux grandes sœurs.

Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.

Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.

La petite, celle qui va encore à l'école.

Et qui marche.

Perdue dans les jupes de ses sœurs.

Et il croit volontiers que ce sont les deux grands

qui traînent la petite par la main.

Au milieu.

Entre les deux.

pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.

Les aveugles qui ne voient pas au contraire.

Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.

Et que sans elle elles ne seraient rien.

Que deux femmes déjà âgées.

Deux femmes d'un certain âge.

Fripées par la vie.

C'est elle, cette petite, qui entraîne tout. »

 Charles PEGUY

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, pp. 176-177)

 

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